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Le lobby pro-Israël et la politique étrangère des Etats-Unis – note de lecture

Par Robin Waldman

Introduction

Le livre Le lobby pro-Israël et la politique étrangère des Etats-Unis a été publié en 2007 par deux universitaires étasuniens, Stephen Walt et John Mearsheimer, poursuivant et complétant un article de recherche de 2006 hautement lu et commenté, nommé Le lobby pro-Israël.

Les événements récents nous rappellent le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël et le rôle clé que l'impérialisme dominant joue dans le maintien de la politique de nettoyage ethnique de la Palestine, qui prend aujourd'hui la forme de l’État d'apartheid d'Israël. Pour ne mentionner qu'un épisode récent et significatif, au milieu du massacre de Gaza de 2014, qui causa plus de 2200 morts Palestiniens, pour la plupart des civils, le Sénat étasunien a voté unanimement (y compris le soi-disant socialiste Bernie Sanders) l'extension de son aide militaire à Israël, ce qui a permis à l'armée d'occupation de se recharger en munitions et poursuivre le massacre. Qu'est-ce que le lobby pro-Israël aux États-Unis ? D'où vient son influence dans le système politique étasunien ? La revue critique de ce livre tentera de faire lumière sur ces questions en se concentrant sur les chapitres décrivant la nature et les méthodes d'action du lobby israélien. On détaillera l'un des impacts que les auteurs avancent sur la politique étasunienne au Moyen-Orient, son rôle central dans le déclenchement de la guerre d’Irak en 2003.

Qu'est-ce que le lobby pro-Israël ?

Les auteurs insistent sur le fait que le lobby israélien n'est en rien différent des autres lobbys (des autres secteurs de la bourgeoisie, pourrait-on compléter) et que des analyses similaires pourraient être faites concernant le lobby militaire, pétrolier, financier, etc. Ils affirment que l'absence du moindre débat sur le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël peut être expliqué par le déséquilibre de forces notable aux États-Unis entre ce lobby et la quasi-absence d'un lobby pro-palestinien.

Le lobby pro-Israël n'est pas une organisation centralisée et hiérarchique, mais plutôt une coalition lâche d'organisations et d'individus, certains au centre et d'autres à la périphérie. Il ne s'agit pas juste d'un lobby, mais véritablement d'une communauté, puisqu'elle fait bien plus que simplement du lobbyisme au Congrès. Son objectif central est de faciliter le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël, diplomatiquement, économiquement et militairement, peu importe ce qu'Israël fait, et de préserver la  relation spéciale des États-Unis avec l’État Juif  (sic). Le lobby est donc défini par un programme politique, et non par une religion ou une identité ethnique. Le but général du lobby concernant la sécurité de l’État colonial peut se résumer par :

⁃ La promotion de l'aide militaire des USA à Israël ;

⁃ L'hostilité à tout État palestinien viable et à la moindre négociation équilibrée ou pression sur Israël ;

⁃ Le souhait qu'Israël reste la puissance militaire dominante du Moyen-Orient, et pour cela la volonté que les USA limitent ou détruisent leurs principaux adversaires régionaux que sont le Hezbollah, l'Iran, l'Irak et la Syrie ;

Bien que non-monolithique, ses organisations les plus puissantes sont : le Comité d'Action Publique USA-Israël (AIPAC), le Conférence des Présidents des Principales Organisations Juives (CP), l'Organisation Sioniste d'Amérique (ZOA), la Ligue Anti-Diffamation (ADL), l'Institut Juif pour les Affaires de Sécurité Nationale (JINSA) et l'Institut de Washington pour les Politiques du Proche-Orient (WINEP).

Historiquement, deux éléments majeurs expliquent le gain de pouvoir du lobby : les premières victoires d'Israël, particulièrement l'invasion de 1967, ont conduit à un soutien étasunien massif pour le projet sioniste qui a semblé capable d'asseoir sa domination dans la région. Par la suite, la dérégulation du financement des campagnes politiques aux États-Unis depuis les années 1980 a permis à une poignée d'individus très riches qui constituent le cœur du lobby à investir massivement dans les candidats politiques les plus pro-Israël.

Les auteurs observent une dérive à l'extrême droite du lobby pro-Israël, s'alignant sur les gouvernements israéliens successifs : ainsi, pourrait-on ajouter, le lobby accompagne la transition d'Israël vers un État d'apartheid. Il est contrôlé principalement par la ligne dure du sionisme, les néoconservateurs et les juifs orthodoxes, en contraste net avec les vues politiques de la plupart des étasuniens juifs. Plusieurs facteurs expliquent cette dérive : un effort de lobbying efficace par le Likoud (parti de l'actuel Premier ministre israélien Netanyahou), le processus de prise de décision de la CP et l'AIPAC, la division de classe dans la représentation politique alors que les plus riches ont un accès dominant au pouvoir dans le lobby, ou simplement pour des intérêts économiques.

Les auteurs formulent la distinction entre le lobby pro-Israël et les étasuniens juifs. Bien que composé en majorité d'individus et d'organisations juifs, le lobby pro-Israël  n'est pas synonyme des étasuniens juifs . Premièrement parce que de nombreux éléments montrent la distance des étasuniens juifs envers Israël et le programme politique des principales organisations du lobby, deuxièmement parce que certains individus et organisations clés tels que les Sioniste Chrétiens et néoconservateurs ne sont pas juifs. Cependant, ils affirment que les principales organisations se sont développées au sein de la  communauté juive , telle la CP.

Malgré une opposition au programme du lobby parmi les étasuniens juifs, telle que Voix Juive pour la Paix (JVP), le cœur du lobby est bien plus puissant. Les présidents de la CP ont décidé que non seulement les israéliens juifs mais tous les juifs étaient légitimes pour décider du futur d'Israël, mais qu'aucun désaccord entre juifs ne devrait apparaître en public. Le cœur du lobby fait tous ses efforts pour marginaliser les voix juives dissidentes dans la  communauté juive , qui malgré leur nombre sont presque absents de la CP. Au contraire, la CP est dominée par les groupes sionistes les plus réactionnaires, qui bien qu'étant petits pour beaucoup, sont majoritaires dans son directoire.

Il convient de prendre de la distance sur le lien que les auteurs affirment entre Israël et les étasuniens juifs : ils affirment qu' une claire majorité est au moins d'une manière engagée et une minorité significative est fortement impliquée dans cette question.  Premièrement des sondages récents montrent au contraire que seulement 5% des étasuniens juifs placent Israël parmi leurs 5 priorités aux élections présidentielles. Par ailleurs, une attraction des étasuniens juifs pour le pays accueillant la seconde population juive au monde est naturelle, mais elle ne signifie pas un soutien inconditionnel à Israël peu importe ce qu'il fait, que défend le lobby.

Deux autres sous-groupes jouent un rôle important, bien que périphérique, dans le lobby. Premièrement le mouvement d'extrême droite des néoconservateurs apporte un soutien naturel au lobby pro-Israël, en raison de son idéologie. Beaucoup de ses membres sont si étroitement reliés au lobby que les auteurs affirment qu'ils en sont une partie constitutive. Quant aux Sionistes Chrétiens, ils sont un mouvement évangéliste dont la croyance est que le retour de tous les juifs en Palestine favorisera le retour du Christ sur Terre et d'ailleurs conduira à une conversion massive des juifs au christianisme. Leur idéologie est donc conflictuelle avec les sionistes mais leurs intérêts convergent : ils veulent un État juif exclusif en Palestine. Leur soutien est important selon les auteurs car ils sont chrétiens, mais ils ne sont pas aussi influents car le soutien à Israël n'est pas leur programme politique principal et car leur pouvoir financier n'est pas comparable à celui du lobby pro-Israël.

Quant au lobby pétrolier, il a été avancé par plusieurs auteurs comme étant un groupe d'intérêts central pour la politique étasunienne au Moyen-Orient, mais les auteurs affirment qu'il est loin d'être aussi influent que le lobby sioniste, pour plusieurs raisons. Premièrement, leurs premiers intérêts sont ceux plus directs des réductions d'impôts et d'autres mesures en faveur du patronat  à la maison . Ensuite, les États pétroliers arabes ont effectivement des lobbys puissants à Washington mais leur manque de base populaire les rend plus faibles. Finalement, ils affirment que le lobby pétrolier craint un retour de bâton du lobby pro-Israël si ils s'y opposent et préfèrent par conséquent laisser le lobby dominer la politique étasunienne au Moyen-Orient. Par ailleurs, les auteurs affirment que la position du lobby pétrolier serait de  faire l'amour avec les dictateurs arabes  plutôt que de provoquer une instabilité qui fragiliserait leur accès aux ressources et dont l'impact sur les prix pousserait à investir dans d'autres sources d'énergie. Ils donnent deux exemples en appui : le président de Halliburton, une mutinationale pétrolière, était publiquement opposé dans les années 1990 aux sanctions étasuniennes contre l'Iran. Deuxièmement, l'ancien directeur législatif de l'AIPAC affirme :  [l'AIPAC] n'a vraiment aucune opposition . Malheureusement, les auteurs ne font pas la même analyse concernant le complexe militaro-industriel, qui est l'un des principaux bénéficiaires des conflits militaires au Moyen-Orient et peut être facilement vu comme un secteur bien plus puissant de la bourgeoisie étasunienne.

Guider le processus politique

Au Congrès des USA, l'AIPAC est le groupe le plus important du lobby : il est décrit comme  un Léviathan parmi les lobbys . Ce pouvoir vient des contributions de campagnes, des donations directes, des connexions à d'autres donneurs et fonds, des informations à ces donneurs et fonds sur les candidats ainsi que des interrogatoires et lavages de cerveaux de membres du Congrès et candidats. L'influence s'étend aussi au personnel du Congrès, dont certains font partie du lobby, et qui reçoit informations et force de travail du lobby. Des fonds sont aussi versés pour des visites parlementaires en Israël qui représentent 10% de toutes les visites parlementaires à l'étranger, malgré la distance et la petite taille de ce pays. Le lobby peut même impacter la branche exécutive à travers le Congrès en faisant signer des lettres ouvertes pro-Israël aux membres du Congrès.

Quant aux candidats présidentiels, les auteurs affirment que bien que l'influence du lobby n'est pas aussi écrasante qu'au Congrès, les étasuniens juifs jouent un rôle important dans toute levée de fonds pour une campagne politique présidentielle : ils estiment qu'entre 20 et 50% des fonds levés par le Parti Démocrate vient d'étasuniens juifs. Ces contributeurs représentent une fraction faible des étasuniens juifs mais ils sont extrêmement riches, ils ont des liens étroits avec le lobby et une influence particulière sur le Parti Démocrate. En outre, ils prétendent que les électeurs juifs sont nombreux dans des États en ballottement et sont des électeurs indécis, ce qui fait d'eux une base électorale clé et que par conséquent aucun candidat ne prendra le risque de s'opposer à la politique israélienne. Cependant, l'argument électoral est affaibli par le fait que, comme montré précédemment, les préoccupations principales des étasuniens juifs ne concernent pas Israël. Finalement, le moyen le plus efficace d'influencer les présidents est de faire recruter des membres du lobby dans l'administration.

Dominer le discours public

Concernant le discours public, le but général du lobby est  de convaincre le public que les intérêts et valeurs des USA et d'Israël sont exactement les mêmes .

Dans les médias, leur influence vient principalement de leur capacité à façonner les vues des principaux commentateurs sur Israël par des relations publiques et leur pouvoir de financement et d'organisation. La principale organisation en charge de cette tâche est le Comité pour l'Exactitude dans la Couverture du Moyen-Orient dans les Médias (CAMERA). Le résultat est que les voix critiques d'Israël  sont presque entièrement absentes des principaux journaux américains . Ceci est plus marqué encore pour les commentaires éditoriaux qui sont moins factuels et plus idéologiques que des nouvelles brutes. Cependant, même pour les nouvelles  brutes , qui montrent des faits sur le terrain qui ne sont pas en faveur d'Israël, une pression est exercée par des lettres, écrits, manifestations et boycotts contre des médias dont le contenu est considéré anti-Israël. Les médias ont peur de l'AIPAC car  la pression de ces groupes ne s'arrête jamais . Les auteurs affirment que c'est vrai pour les médias juifs et non-juifs. Un moyen d'intimider les commentateurs est de différencier les juifs et non-juifs : selon le cœur du lobby, seuls les premiers ont la légitimité de parler d'Israël car il s'agit d'un  État juif . Enfin, ils cooptent les commentateurs proéminents en faisant la promotion des plus fervents pro-Israël.

Les Think-Tanks sont de plus en plus intégrés aux médias et au pouvoir politique aux USA et ils sont donc d'une importance politique centrale pour manipuler l'opinion. Le Think-Tank le plus pro-Israël est l'Institut de Washington pour la Politique au Proche-Orient (WINEP). Toutefois, le lobby pro-Israël a acquis une influence dans de nombreux autres Think-Tanks. Même les Think-Tanks qui sont plus équilibrés sur Israël subissent la pression du lobby pro-Israël.

Dans le monde académique, la liberté d'expression est plus difficile à attaquer : de nombreux professeurs ont des postes permanents et la liberté intellectuelle et la critique du savoir dominant sont souvent loués. Par ailleurs, il existe une culture de liberté d'expression dans les campus et le grand nombre d'étudiants internationaux les rend plus critiques envers Israël. Cependant, le lobby investit beaucoup pour contrôler le discours sur Israël dans les campus : l'AIPAC organise des programmes et conférence de formation à la promotion d'Israël. Le lobby pro-Israël a aussi créé et massivement financé des programmes d'études israéliennes et juives qui ont dans la plupart des cas pour but principal de répandre des opinions pro-Israël dans les campus. L'influence directe est aussi imposée sur les étudiants et les directoires d'universités par des formations et des pressions financières. De nombreuses pressions sur les directions ont été reportées, dont l'intention était de sanctionner ou licencier tout universitaire critique à l'égard d'Israël. Par ailleurs, le Maccarthysme direct est aussi employé : Campus Watch est un site internet qui a été créé pour rapporter tout commentaire anti-Israël par des universitaires et organiser des campagnes d'intimidation contre eux. Finalement, le lobby pro-Israël a même tenté de faire passer une loi au Congrès pour créer un directoire pro-Israël qui contrôlerait le budget fédéral pour les études sur le Moyen-Orient. Cette propagande de grande échelle s'étend aussi aux lycées avec un contrôle des formations de professeurs par le lobby.

Les auteurs affirment logiquement que ce telles tactiques sont très critiquables puisqu'elles incluent intimidations, menaces, tentatives de briser des carrières et de nombreux événements annulés en raison de la pression. Cependant, l'une des armes les plus puissantes et malhonnêtes dans cette campagne pour le discours public est l'accusation d'antisémitisme. Les auteurs affirment qu'une telle accusation sera probablement portée à quiconque critique envers Israël ou mentionnant simplement l'existence du lobby. Au contraire, le lobby pro-Israël n'hésite pas à s'identifier à la  communauté juive , alimentant la confusion entre Israël et les juifs pour faire taire leurs opposants. Des groupes pro-Israël comme l'ADL ont développé l'idée d'un  nouvel antisémitisme  qui est la critique d'Israël. En vérité, cette tactique a une très longue histoire puisqu'elle a été usée à chaque fois qu'Israël a été critiqué dans le passé. En outre, ils trouvent que presque personne parmi les critiques des politiques d'Israël aux USA n'est antisémite.

Les auteurs voient cette accusation comme la grande censure sur la question d'Israël. L'accusation d'antisémitisme est particulièrement puissante car  c'est un ensemble de croyances qui ont conduit à de grandes horreurs dans le passé  et presque personne ne veut y être associé ; peu importe l'exactitude de l'accusation, elle marginalise efficacement quiconque étiqueté comme tel dans l'espace public ; prouver le contraire est toujours difficile et la suspicion qui reste cause de grands torts à une réputation ; c'est particulièrement efficace parmi les étasuniens juifs car l'holocauste  a provoqué un sentiment puissant de victimisation , et le lobby manipule intelligemment cette peur pour empêcher les étasuniens juifs d'entendre des voix alternatives sur Israël. Ils notent que cela s'applique aux juifs et non-juifs : les premiers sont étiquetés comme  juifs qui se détestent , les derniers comme  antisémites .

L'Irak et le rêve de transformer le Moyen-Orient

Concentrons-nous maintenant sur un exemple dramatique de l'influence du lobby sur la politique des USA au Moyen-Orient, qui est l'invasion de l'Irak de 2003. Les auteurs montrent de façon convaincante comment durant la seconde guerre du Liban de 2006 et la période de  négociations  de l'ère Bush, le lobby a obtenu un soutien total à tout ce que Sharon et Olmert ont fait, malgré une volonté de l'administration des USA de mettre un terme aux  conflits  pour stabiliser sa domination au Moyen-Orient. Les choses sont plus compliquées dans les chapitres dédiés aux causes de l'invasion en Irak et la poussée vers une guerre en Iran et Syrie.

Selon les auteurs, la guerre en Irak n'aurait presque certainement pas eu lieu sans le lobby pro-Israël aux USA. Il a en effet joui d'un ensemble de circonstances favorables, c'est-à-dire l'élection frauduleuse de Bush en 2000 et les attentats de 2001, mais le lobby pro-Israël a été déterminant dans le lancement de la guerre.

Israël poussait pour une guerre en Irak. C'était en effet le seul pays en-dehors des USA qui soutenait avec ferveur cette guerre. Les figures israéliennes les plus proéminentes sont allées aux USA pour promouvoir la guerre, tels Sharon, Peres et Netanyahou, et le gouvernement a même publié des faux documents sur de supposées armes de destruction massive (ADM) en Irak. Le lobby pro-Israël était donc naturellement favorable à cette guerre, aussi tôt que possible, et la plupart des organisations et figures centales du lobby ont commencé à la défendre dès le printemps 2002. Il n'a pas initié l'appel à la guerre, mais de nombreux néoconservateurs qui poussaient pour la guerre avaient de forts liens avec le lobby :  de nombreux néoconservateurs proéminents étaient des étasuniens juifs avec de fortes attaches pour Israël . Après le début de la guerre, plusieurs campagnes pour son prolongement ont été menées par le lobby, qui ont permis une augmentation du budget de guerre en 2003 par le Sénat.

Vendre la guerre en Irak était une tâche difficile. Les néoconservateurs, dont la plupart avaient des liens étroits avec le lobby, étaient seuls à appeler à la guerre en Irak dans la période 1998-2001. Même Bush et la tête de son administration n'y était pas favorable. Les attaques de 2001 ont créé des conditions favorables pour appeler à la guerre dans l'administration. Ils observent qu' il y avait peu d'enthousiasme pour entrer en guerre contre l'Irak au Département d'Etat, les services secrets ou les militaires  et concluent que la guerre a été menée principalement à cause de quelques dizaines de néoconservateurs civils haut placés à la Maison Blanche. Ils ont mené une campagne massive pour la guerre par  des lettres ouvertes aux présidents, des articles, livres et éditoriaux .

Justifier la guerre en Irak nécessitait des falsifications. Ils avaient besoin de  manipuler les informations des services secrets pour que Saddam ait l'air d'une menace imminente , malgré aucune preuve de cela. L'Office des Plans Spéciaux (OSP) a été créé à la CIA pour regrouper toute preuve, vraie ou fausse, pour vendre la guerre en Irak. Elle était dirigée et constituée de néoconservateurs qui étaient membres du lobby pro-Israël. L'exilé irakien Shalabi du Congrès National Irakien (INC) a joué un rôle central dans la fourniture de fausses preuves pour soutenir l'invasion de l'Irak : son parcours montre ses liens étroits avec le lobby, et il était le candidat des néoconservateurs pour devenir  président  d'Irak.

Cependant, malgré la claire porosité entre les néoconservateurs et le lobby pro-Israël et le rôle central que ce groupe politique a joué dans le lancement de l'invasion de l'Irak, ce livre ne montre pas clairement que la guerre en Irak était pilotée en premier par des intérêts pro-Israël. De la même manière que le lobby, d'autre intérêts capitalistes ont probablement joué un rôle central dans le lancement de cette invasion. Une nouvelle fois, les auteurs relativisent le rôle du lobby pétrolier dans le déclenchement de la guerre, mais avec très peu de preuves à l'appui. De même, ils ne mentionnent même pas le complexe militaro-industriel, qui a assurément bénéficié de cette guerre et a de puissants lobbys.

En résumé, il s'agit d'un travail de recherche bien documenté qui donne une vision complète du lobby pro-Israël aux USA et de son rôle dans la définition de la politique des USA au Moyen-Orient. Le livre inclut littéralement des milliers de citations et analyse avec attention la composition et les buts du lobby, ses modes d'action et sphères d'influence. Les auteurs affirment que le lobby pro-Israël fonctionne de façon similaire aux autres lobbys et analysent en détails leur influence. Ils affirment aussi qu'il a une position dominante dans les décisions politiques des USA au Moyen-Orient, ce qui est convaincant concernant l'occupation israélienne de la Palestine mais plus fragile pour des questions régionales telles que l'Irak, la Syrie ou l'Iran. Quant aux conclusions que les auteurs tirent sur la marche à suivre face au lobby pro-Israël, elles sont si médiocres dans leur accompagnement de la colonisation israélienne et du système politique des USA sclérosé par la domination de sa bourgeoisie qu'elles ne méritent pas qu'on s'y attarde.

Pour conclure, rappelons simplement que la domination du lobby pro-Israël, comme celle d'autres secteurs de sa bourgeoisie, est le résultat d'un rapport de force avec les secteurs populaires et ouvriers qui résistent qui est en constante évolution. Cet article n'a pas pour objet de décrire une soi-disant toute-puissance du lobby pro-Israël. Au contraire, plusieurs tendances déterminantes ont eu lieu depuis 2006 qui ont toutes contribué à affaiblir le lobby aux USA. La population juive américaine est en cours de rupture avec le lobby pro-Israël, qui s'est traduite par une nette opposition sur la question de l'invasion de l'Iran défendue par le lobby et un renforcement spectaculaire de l'organisation Voix Juive pour la Paix (JVP) qui a pris part au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël et appelle à la fin de l'occupation militaire. La jeunesse des USA a elle aussi investi massivement le mouvement de défense de la Palestine, avec une progression rapide du mouvement Étudiants pour la Justice en Palestine (SJP) qui participe à BDS et a permis de faire voter des boycotts académiques d'Israël dans plusieurs universités. Enfin, notons le débrayage du mouvement ouvrier étasunien qui a empêché à plusieurs reprises l'accostage de navires marchands israéliens dans le port d'Oakland, Californie.

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