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Document historique

La révolution palestinienne et les juifs
Publié à Beyrouth en mai 1970 dans le journal Fateh

LA NOUVELLE PALESTINE DEMOCRATIQUE

L'établissement d'une société progressiste ouverte à tous les Palestiniens est sûrement une meilleure solution que celles qui consisteraient à rejeter  les Arabes dans le désert  ou  les juifs à la mer .

Mais, pour que cette solution soit réalisable, il faut qu'elle soit acceptée par les parties concernées aussi bien que par les peuples du monde, agissant comme tierce partie intéressée. Il faut montrer que ce plan peut réussir.

Nous avons déjà examiné le comportement de la révolution palestinienne pour atteindre ce but, en mettant l'accent sur son attitude à l'égard des juifs. Un changement révolutionnaire a été mis en évidence : les Palestiniens ne voient plus les juifs comme des ennemis héréditaires ; ils identifient clairement l'ennemi comme l'Etat raciste-colonialiste d'Israël et ses alliés impérialistes. En lisant la littérature juive, en tendant la main aux juifs progressistes à travers le monde et en acquérant plus de confiance au fur et à mesure des progrès de la révolution, le comportement des Palestiniens a changé.

Les comportements des juifs ont été analysés ensuite. La propagande sioniste persiste à considérer les Palestiniens comme des nomades, des terroristes assoiffés de sang et des traîtres. Mais un certain nombre de juifs — spécialement ceux vivant hors de Palestine — sont en train de changer d'opinion et se rallient à un appel pour une Palestine progressiste et non confessionnelle. Changer l'esprit et le comportement des juifs de Palestine reste une tâche de la révolution importante et pas encore accomplie. Mais une guerre de libération populaire destinée à détruire l'Etat raciste-impérialiste créera de nouvelles conditions de vie rendant possible une nouvelle Palestine.

Ainsi l'alternative présentée aux juifs de Palestine est radicalement changée. Auparavant, c'était un Etat d'Israël puissant ou le risque d'être rejeté à la mer ; aujourd'hui, la révolution propose, au lieu de l'insécurité dans un Israël exclusif et raciste, une Palestine ouverte, sûre et tolérante pour tous ses habitants. La révolution palestinienne tend ainsi, à la longue, à recruter des juifs palestiniens aussi bien que des non-juifs dans ses forces de libération, et cela constitue une étape importante vers la réalisation de son but final. Mais cela requiert un changement profond dans le comportement juif.

Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire maintenant d'élaborer et de clarifier le projet d'une Palestine démocratique.

Difficultés et limitations.

Il est difficile et risqué, à cette première étape de la révolution, de faire une déclaration claire et définitive sur ce que sera la nouvelle Palestine libérée. Le réalisme plutôt qu'un rêve romantique doit constituer notre principale approche révolutionnaire. Nous ne croyons pas que la victoire soit proche. La révolution ne sous-estime pas l'ennemi et ses alliés impérialistes. Ce qui se passera durant les années d'un dur combat pour la libération ne peut être aisément prévu. Le comportement des juifs palestiniens se durcira-t-il ou deviendra-t-il plus réceptif et plus souple ? Une nouvelle poussée vers la droite, augmentant le terrorisme antiarabe — dans la tradition de l'O.A.S. algérien —, suivi par un exode volontaire massif à la veille de la libération, poserait un problème tout à fait différent. En revanche, si des juifs rejoignaient en grand nombre la révolution ou collaboraient avec elle, cela donnerait des assises plus solides au développement de la nouvelle Palestine. La révolution travaille sérieusement à réaliser la seconde hypothèse. Les opérations de guérillas sont essentiellement dirigées contre les fondements militaires et économiques de l'Etat colonial sioniste. Quand un objectif civil est choisi, on s'efforce de réduire au minimum la perte en vies civiles, bien qu'il soit difficile de distinguer entre civils et non civils dans cette société Spartiate moderne où tout adulte est mobilisé. En frappant des zones non spécifiquement militaires, on s'efforce de provoquer chez les Israéliens un choc psychologique, en leur faisant comprendre que l'Etat raciste et militariste ne peut leur assurer la sécurité quand il organise un génocide contre les masses palestiniennes exilées et opprimées. Dans l'affaire de la bombe de la rue Dizengoff, à Tel-Aviv, les guérilleros du Fath ont différé trois fois l'opération pour choisir un emplacement (en face d'un immeuble en construction) et un moment (vers minuit) destinés à intensifier au maximum le bruit et à réduire au minimum les victimes. Le résultat fut que peu de gens furent blessés, mais que des milliers furent ébranlés et conduits à de sérieuses réflexions.

Quoi qu'il en soit, et malgré toutes les incertitudes, les révolutionnaires palestiniens sont animés par la certitude d'un avenir meilleur pour leur contrée opprimée. Il faut dès maintenant réfléchir et trouver des réponses aux milliers de questions relatives à cet avenir. Même si ces réponses sont aléatoires, elles ouvriront un dialogue qui préparera la route vers des solutions mûries et des réalisations fructueuses.

Profil de la Palestine démocratique :

1. Le territoire.

La Palestine d'avant 1948, comme définie durant le mandat britannique, est le territoire qui doit être libéré et où un Etat démocratique et progressiste doit être créé. La Palestine libérée fera partie de la patrie arabe, et ne sera pas un Etat étranger à l'intérieur de cette patrie. L'union probable de la Palestine avec d'autres Etats arabes rendra moins important le problème des frontières, mettant fin au caractère artificiel du présent statut d'Israël et éventuellement de celui de la Jordanie. Le nouveau pays sera anti-impérialiste et rejoindra les rangs des pays progressistes et révolutionnaires. Par conséquent, il devra couper les liens, aujourd'hui vitaux pour Israël, de totale dépendance à l'égard des Etats-Unis. Son intégration dans la région sera une exigence essentielle.

Il doit être tout à fait clair que la nouvelle Palestine évoquée ici n'est pas la seule rive ouest du Jourdain occupée, ou le territoire de Gaza. Ce sont là des zones occupées par les Israéliens depuis juin 1967. La patrie des Palestiniens usurpée et colonisée en 1948 n'est pas moins chère ou importante que la partie occupée en 1967. D'autre part, l'existence même de l'Etat raciste et oppresseur d'Israël, fondée sur le départ et l'exil forcé d'une partie de ses citoyens, ne peut être acceptée par la révolution, même s'il ne s'agit que d'un petit village palestinien. N'importe quel arrangement favorable à l'Etat colonial agresseur est inacceptable et ne saurait durer. N'est permanente que la population de la Palestine : ses juifs, ses chrétiens et ses musulmans dans un pays qui les intègre tous.

2. Les composants.

Tous les juifs, musulmans et chrétiens vivant en Palestine ou exilés de ce pays par la force auront droit à la citoyenneté palestinienne. Ce principe garantit le droit à tous les Palestiniens exilés de retourner dans leur patrie, qu'ils soient nés en Palestine ou en exil et quelle que soit leur présente nationalité. Cela signifie également que tous les juifs palestiniens — actuellement israéliens — ont les mêmes droits, à condition naturellement qu'ils rejettent le chauvinisme sioniste et raciste et qu'ils acceptent pleinement de vivre comme des Palestiniens dans la nouvelle Palestine. La révolution rejette donc explicitement le principe selon lequel ne seraient acceptés que les juifs qui vivaient en Palestine avant 1948 ou avant 1914, et leurs descendants. Après tout, Dayan et Allon sont nés en Palestine avant 1948 et ils sont, ainsi que beaucoup de leurs collègues, des sionistes racistes invétérés qui n'ont certainement pas qualité pour recevoir le statut de Palestiniens.

Dans une interview fameuse, Abou Iyad, un officiel du Fath, a réaffirmé que non seulement les juifs progressistes antisionistes, mais même des sionistes actuels qui manifesteraient la volonté d'abandonner leur idéologie raciste, seront les bienvenus comme citoyens palestiniens. C'est l'opinion de la révolution que la plupart des juifs israéliens actuels changeront leur comportement et souscriront à la nouvelle Palestine, surtout après la destruction de la machine d'Etat oligarchique, de l'économie de classes et de l'institution militaire.

L'idéologie.

Les Palestiniens, au cours de leur lutte de libération et au moment de leur libération, décideront du système de gouvernement et de l'organisation politique, économique et sociale de leur patrie libérée. (On répète ici que le terme  Palestiniens  comprend les Palestiniens arabes qui sont exilés, ceux qui vivent en terre occupée, ainsi que les juifs antisionistes.)

Une Palestine démocratique et progressiste, toutefois, rejette par élimination une forme de gouvernement théocratique, féodal, aristocratique, autoritaire ou raciste-chauviniste. Ce sera un pays qui ne permettra pas l'oppression ou l'exploitation d'une partie de la population par un autre groupe ou par des individus, un Etat qui donnera des chances égales à chacun de ses citoyens pour le travail, l'accomplissement des devoirs religieux, l'éducation, le droit de décision politique, l'expression culturelle et artistique.

Cela n'est pas un rêve utopique, car la lutte pour réaliser la nouvelle Palestine crée par elle-même le climat nécessaire au futur système de gouvernement, c'est-à-dire que la guerre populaire de libération fait surgir de nouvelles valeurs et suscite un nouveau comportement qui sont une garantie pour la démocratie qui suivra la libération. Preuve en est le changement de comportement à l'égard du travail collectif constaté dans les camps de réfugiés et de combattants en Jordanie et au Liban. Les Palestiniens et les autres frères qui se joignent à eux acceptent volontairement de travailler et d'assurer leur subsistance. Il n'y a pas d'exploitation ni de travail d'esclave. Les valeurs de la vie humaine se transforment. Contrairement aux raids au napalm israéliens et à leurs tueries sans discrimination, les combattants palestiniens sélectionnent leurs objectifs. De nouvelles formes de relations humaines apparaissent. Aucune relation de maître à esclave ne peut être établie entre des combattants luttant pour la liberté. Une conscience accrue des dimensions internationales de leur problème, la prise en considération de ceux qui appuient l'oppresseur et de ceux qui aident l'opprimé, créent de nouvelles responsabilités à l'égard de la communauté internationale, en particulier envers les partisans de la libération et de la démocratie. Par conséquent, les Palestiniens n'accepteront, après leur libération, d'être soumis à qui que ce soit et n'instaureront un régime d'oppression contre quelque groupe que ce soit, car ce serait la négation de leur raison d'être et l'abdication de leur idéal révolutionnaire. Cela apparaît clairement dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban et en Jordanie. Après vingt-deux ans d'oppression, d'humiliation et de manipulation par la police secrète et les exploiteurs locaux, les camps se sont éveillés à la révolution.

Dans la lutte, les exilés ont brisé leurs chaînes, ils ont expulsé la police secrète, ses espions et les exploiteurs qui étaient leurs alliés, et ont institué une administration démocratique autonome. Des services médicaux, éducatifs et sociaux sont installés localement par les organisations révolutionnaires sur une base d'initiative personnelle qui a rétabli la dignité et le respect de soi. La criminalité dans ces camps a considérablement baissé, à 10 % de ce qu'elle était avant la révolution. La discipline personnelle a remplacé la police. La nouvelle milice a établi un lien entre l'avant-garde révolutionnaire et la base des masses populaires. Des contrôles démocratiques sont institués. Ces Palestiniens n'accepteront pas l'oppression ou la soumission et n'imposeront pas un tel régime à qui que ce soit.

Les journalistes et les autres visiteurs étrangers ont découvert que nulle part dans le monde arabe ils ne trouvent des gens aussi mûrs et aussi tolérants envers les juifs que dans les camps de Jordanie et du Liban et spécialement parmi les  Ashbal . Ces jeunes Palestiniens (de 8 à 16 ans) sont entièrement libérés de tout complexe antijuif. Ils ont une vision plus claire de la nouvelle Palestine démocratique que les bourgeois habitant les villes. Ces adolescents sont les libérateurs de demain. Ils compléteront la destruction de l'oppression israélienne et rebâtiront la nouvelle Palestine.

En définitive, si cette Palestine démocratique et progressiste est encore une utopie, eh bien, les combattants palestiniens et les habitants des camps sont en train de la réaliser.

Deux conceptions fausses.

Diverses interprétations de la Palestine démocratique sont apparues dans certains milieux, qui demandent à être clarifiées et parfois corrigées. Nous essaierons ici d'évoquer deux de ces interprétations qui nous semblent particulièrement importantes :

1) La conception d'une Palestine non confessionnelle ne doit pas être confondue avec celle d'un Etat multi-religieux ou binational. La nouvelle Palestine ne doit pas être construite autour de trois religions d'Etat ou de deux nationalités. Elle implique, plus simplement, l'absence d'oppression religieuse d'un groupe par un autre et la liberté de pratiquer sa religion sans discrimination. La révolution ne désire aucun durcissement des prescriptions religieuses. Elle n'envisage aucune distribution stricte et fixée à l'avance, sur des bases religieuses, des fonctions politiques et des autres postes importants. Le modèle libanais (où une hiérarchie réactionnaire, quasi-féodale ou commerciale-capitaliste, divise les postes et les fonctions sur la base de l'appartenance à des sectes, pour perpétuer la domination sur les masses) est complètement étranger à l'esprit de la révolution. Yasser Arafat a répété plusieurs fois que le président de la Palestine libérée pourra être un juif, un musulman, un chrétien, non à cause de sa religion ou de la secte à laquelle il appartient, mais en vertu de son mérite comme Palestinien.

En outre, les frontières religieuses et ethniques s'imbriquent étroitement en Palestine, de sorte que le terme binational et une dichotomie arabo-juive sont sans signification ou, au mieux, tout à fait sujets à contestation. La majorité des juifs actuellement en Palestine sont des juifs arabes. La Palestine rassemble donc des Arabes juifs, chrétiens et musulmans, aussi bien que des juifs non arabes, les juifs occidentaux.

2) La nouvelle Palestine démocratique ne saurait constituer un substitut à la libération. Elle est au contraire l'objectif suprême de celle-ci. Un Etat fantoche sur la rive ouest (Cisjordanie) et dans la zone de Gaza, un Israël dé-sionisé dans le style d'Uri Avnery, ou  pasteurisé , ou une Confédération sémitique, sont catégoriquement rejetés par la révolution. Ce sont là des plans racistes destinés à tromper les Palestiniens et les autres Arabes, de façon à maintenir une hégémonie israélienne et une soumission palestinienne. Tous ces projets prévoient le maintien de l'agression fondamentale qui a conduit à l'exil forcé des Palestiniens et à l'oppression des masses. La condition sine qua non de la nouvelle Palestine passe par la destruction des fondements politiques, économiques et militaristes de l'Etat colonial chauviniste et raciste. Le maintien d'une machine militaire, technologiquement avancée, grâce à un afflux continuel de capital occidental, et l'échange des populations ont permis à l'organisation sioniste expansionniste de poursuivre son agression et de la répéter. La liquidation de cette organisation est nécessaire à la naissance de la nouvelle Palestine.

La période de transition.

Il est tout à fait logique que soient prises des mesures collectives transitoires tout de suite après la libération et, même, que certaines d'entre elles subsistent dans l'Etat, c'est-à-dire que certains privilèges collectifs ou de groupes soient accordés à côté des privilèges purement individuels. Les juifs et les non-juifs auront le droit de pratiquer leur religion et de développer leur culture et leur langue. Il est normal, par exemple, que l'arabe et l'hébreu soient tous deux enseignés comme langues officielles dans les écoles du gouvernement à tous les Palestiniens, juifs ou non juifs.

Le droit de libre circulation dans le pays et à l'extérieur sera garanti. Les Palestiniens désireux de quitter volontairement le pays seront autorisés à le faire. L'immigration sera limitée pendant une période transitoire au retour de tous les Palestiniens exilés désireux de rentrer dans leur patrie. Dans l'Etat permanent normalisé, l'immigration sera soumise à la réglementation sur laquelle on se sera mis d'accord et, compte tenu de la capacité d'absorption du pays, l'immigration sera ouverte sans discrimination. La liberté d'accès, les visites et les pèlerinages ainsi que le tourisme seront garantis — sous réserve de la réglementation normale — à tous les juifs, musulmans et chrétiens du monde, qui considèrent la Palestine comme un lieu saint de pèlerinage et de méditation.

La nouvelle Palestine est-elle viable ?

Plusieurs critiques bien intentionnés déclarent que, même si la création d'une Palestine démocratique est possible, elle ne survivra pas longtemps. Leur principal argument est que l'équilibre démographique et culturel favorisera les juifs. Ce facteur, selon eux, conduira soit à une situation explosive, soit à la domination de la nouvelle Palestine par les juifs et à un retour à un Etat néo-sioniste déguisé. Cet argument est sérieux et paraît tout à fait plausible dans le contexte actuel de la dichotomie européenne qui présente les Arabes comme un groupe ethnique arriéré et les juifs comme un groupe moderne.

Quant à la population, les juifs sont actuellement en Palestine au nombre de 2,5 millions, en face de 2,6 millions de Palestiniens arabes (chrétiens et musulmans) dans les territoires occupés avant et après 1967 et en exil. Le taux de natalité et le taux naturel net de croissance sont plus élevés chez les Palestiniens arabes que chez les juifs en Palestine. C'est l'immigration qui a été la principale cause de l'accroissement du nombre des juifs. Mais on doit prendre en considération le fait que 250 000 juifs ont définitivement quitté la Palestine depuis 1949, dans une période où régnait une sécurité relative. La plupart de ces émigrants étaient des juifs européens. En outre, la majorité des nouveaux immigrants sont des juifs arabes qui ont trouvé très difficile de rester dans leur pays après la création et l'existence de l'Etat colonial d'Israël agresseur.

La lutte révolutionnaire provoquera inévitablement une augmentation du rythme de l'émigration, spécialement de ceux qui jouissent d'un statut privilégié dans l'Etat raciste et qui répugneront à, s'adapter à une société ouverte et diversifiée. Parallèlement à cette évolution se développera la modernisation croissante des pays arabes et leur attitude tolérante à l'égard de toutes les minorités, y compris les citoyens juifs. Le Fath a déjà engagé des négociations avec plusieurs pays arabes pour qu'ils autorisent les émigrants juifs à rentrer et qu'ils leur rendent leurs propriétés, en leur garantissant une entière égalité des droits.

On s'attend à ce que l'ensemble de ces facteurs maintienne un équilibre démographique relatif en Palestine.

Quant au niveau de développement social et éducatif, il augmente rapidement chez les Palestiniens arabes. On estime que le nombre des Palestiniens en exil détenteurs de diplômes universitaires dépasse 50 000. Les Palestiniens ont brillamment rempli des fonctions d'éducateurs, de techniciens et ont exercé des professions libérales dans plusieurs pays arabes, spécialement dans la Péninsule Arabique et en Afrique du Nord.

Les Palestiniens arabes ont fait face à ce défi culturel dans la Palestine d'avant 1948 et ont réussi, dans une période relativement courte de trente ans, à soutenir la compétition avec les juifs dans l'agriculture, l'industrie, l'éducation et même dans le domaine de la finance et de la banque.

Armés de l'esprit d'une révolution victorieuse, remplis d'espoir par la camaraderie que leur manifestent nombre de juifs, les Arabes de Palestine seront des partenaires effectifs et à égalité dans la construction de la nouvelle patrie.

L'intégration de la Palestine dans la région arabe augmentera sa vitalité économique et politique. Le boycottage arabe actuel sera remplacé par une aide économique et par des relations commerciales, objectif que l'Etat colonial d'Israël n'a absolument pas atteint, restant un laquais et un protégé de l'Amérique depuis sa naissance.

Conclusion.

Le concept de la Palestine démocratique non confessionnelle n'est pas encore tout à fait clair et doit encore être étudié. Mais on ne peut faire mieux à cette étape d'une lutte difficile pour la libération. Les Palestiniens ont surmonté leur amertume et leur sentiment de frustration dans un temps relativement court grâce à la lutte armée. Il y a quelques années, la seule discussion de ce projet aurait été considérée comme une liquidation du problème, ou de la haute trahison. Même aujourd'hui, certains Arabes trouvent difficile d'accepter l'objectif que nous nous sommes proposé et secrètement — ou publiquement — ils espèrent qu'il ne constitue rien d'autre qu'une action tactique de propagande. Eh bien, disons-le catégoriquement et définitivement, ce n'est pas cela. La révolution palestinienne est destinée à combattre pour la création de la nouvelle Palestine démocratique et non confessionnelle comme l'objectif à long terme du mouvement de libération. L'annihilation des juifs ou des Palestiniens exilés et la création d'un Etat exclusivement raciste en Palestine, qu'il soit juif, chrétien ou musulman, est absolument inacceptable et ne peut réussir ni durer. Les masses palestiniennes opprimées combattront et feront tous les sacrifices nécessaires pour abattre un Etat oppresseur et exclusiviste.

Les racistes israéliens sont vivement irrités par l'idée d'une Palestine démocratique. Cette irritation fait apparaître les contradictions du sionisme et met à nu la schizophrénie morale qui a atteint la communauté juive du monde depuis la création d'Israël. L'adoption de ce nouvel objectif par de nombreux juifs progressistes, dont l'opinion compte, effraie le sionisme mondial. Plusieurs de ces juifs ont été menacés et molestés par les sionistes pour leur adhésion aux principes d'une Palestine démocratique comme objectif final de la libération. Les sionistes ont déclenché une campagne pour discréditer cette idée, particulièrement parmi les juifs. Leur effort a été vain. La force de la logique et le souvenir des années de persécution subies dans des sociétés exclusives du fait des racistes ouvrent les yeux des juifs et des autres hommes, leur faisant comprendre que la seule solution permanente qui apportera une paix durable et la justice à notre Palestine est celle qui consiste à construire un pays progressiste, ouvert et tolérant pour nous tous.

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