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Dialogue numéro 36 – Présentation

Ce numéro de Dialogue présente plusieurs documents publiés pendant la dernière offensive israélienne contre la population de la bande de Gaza.

Les faits sont largement connus de tous : 2150 tués, civils à 80 % dont 500 enfants, des quartiers entièrement détruits, des dizaines de familles pulvérisées dans leur appartement par des missiles. Au total, on compte plus de 20 000 blessés dont nombre resteront handicapés à vie, 30% de la population a été déplacée. Les images évoquent les bombardements de la fin de la seconde guerre mondiale. 134 usines ont été détruites, des écoles ont été détruites, des hôpitaux, la quasi-totalité du réseau de distribution d’eau potable est inutilisable. Cet acte de barbarie, ce déluge de fer et de feu, très largement médiatisé, soutenu par les grandes puissances a saisi, d’une manière sans précédent, les peuples du monde entier, ainsi que des secteurs significatifs dans les populations juives.

L’utilisation des souffrances des Juifs dans l’histoire pour justifier la politique israélienne, et par conséquent les crimes contre le peuple palestinien, est en effet de plus en plus contestée publiquement. C’est ce qu’ont signifié avec une grande dignité, ces 350 rescapés et descendants de rescapés et victimes des camps d’extermination nazis, dont nous publions l’appel dans ce numéro. Quelque chose est en train de changer.

Dans le même temps, dans la société israélienne, de plus en plus pauvre, de plus en plus violente, les contradictions deviennent explosives entre ceux qui veulent, même confusément, envisager un avenir de paix, et ceux qui réclament l’extermination des Palestiniens. L’armée est dominée par des commandants religieux intégristes issus des colonies de Cisjordanie. L’intolérance, la haine prennent des proportions jamais vues dans certains secteurs de la population juive.

Dans le même temps, trois semaines après la fin de l’agression appelée  Barrière de protection , un sondage présenté sur la deuxième chaîne israélienne indique qu’un tiers des israéliens envisagerait d’émigrer.

Malgré sa puissance de feu et sa capacité de destruction, l’État d’Israël n’a jamais été aussi faible. Sa prétention à incarner des valeurs démocratiques est rejetée par de larges secteurs des populations juives dans le monde entier.

Quelque chose est en train de changer comme vient de l’illustrer la lettre signée par 43 militaires israéliens membres de l’unité 8200 spécialisée dans l’espionnage de masse des populations. Une telle initiative, groupée, émanant d’une unité  prestigieuse  de l’armée israélienne est sans précédent. Ces spécialistes du renseignement déclarent refuser de servir plus longtemps dans une unité qui  aggrave le contrôle militaire dans les territoires occupés . Ils confirment que  des millions de Palestiniens vivent sous le régime militaire israélien depuis plus de quarante-sept ans. Ce régime nie leurs droits fondamentaux et exproprie de larges étendues de terre pour les colonies juives, qui sont soumises à des systèmes légaux séparés et différents et à l’application de lois différentes. Cette réalité n’est pas un résultat inévitable des efforts de l’État pour se protéger mais plutôt le résultat d’un choix. L’expansion des colonies n’a rien à voir avec la sécurité nationale. De même en est-il des restrictions à la construction et au développement, à l’exploitation économique de la Cisjordanie, à la punition collective des habitants de la bande de Gaza, et du tracé actuel de la barrière de séparation .

Le peuple palestinien, qui est enfermé par un blocus militaire, des murs et des barbelés, fait l’objet d’une surveillance carcérale de ses moindres faits et gestes avec une oppression permanente à l’intérieur. Enfermé, contrôlé depuis 47 ans pour certains, et depuis plus de 66 ans pour les Palestiniens de l’intérieur.

Dans l’État d’Israël, certains préconisent des expulsions massives et une aggravation du contrôle et de l’enfermement de la population palestinienne. Netanyahou exige que les Palestiniens reconnaissent  Israël comme l’État des Juifs  en préalable à toute négociation. Des auteurs et responsables s’inquiètent de l’éloignement de toute solution à deux États, parce que cela remettrait en cause l’avenir de l’État hébreu. Mais qu’est ce que la solution à deux États, si ce n’est la poursuite de l’enfermement de toutes les composantes du peuple palestinien ?

En quoi une entité territoriale nommée par dérision  État palestinien , co-existant avec un État israélien dominateur et surpuissant, ne serait autre chose qu’un État croupion sans aucune des prérogatives de tout autre État ? L’État palestinien proposé par les grandes puissances n’est rien d’autre qu’un ravalement de l’Autorité Palestinienne largement rejetée. Pourrait-il en être autrement ?

Peut-il y avoir une  paix juste et durable  dans le cadre du maintien de la partition de la Palestine et du rejet du droit au retour des réfugiés ? Que deviendraient les réfugiés dans les pays où ils se trouvent, si une entité dénommée  État palestinien  devait voir le jour ? Naturalisés d’office ? N’y a-t-il pas là une porte ouverte à de nouvelles expulsions, de nouveaux massacres ?

Après 50 jours de déchaînement de violence, les gouvernements du monde entier ont appelé à un cessez-le-feu, puis se sont tournés à nouveau vers l’Irak et la Syrie. L’État israélien poursuit sa politique de répression comme après chaque cessez-le-feu. Pratiquement, le  cessez-le-feu , qui renvoie dos à dos les agresseurs et les agressés, n’a qu’un seul résultat : la poursuite du siège de la bande de Gaza. Le blocus militaire israélien (et égyptien au sud) est toujours là. Il empêche toute reconstruction, interdit les déplacements, étouffe la population de Gaza, aggravant des conditions d’existence déjà catastrophiques. La levée inconditionnelle du blocus est une exigence démocratique.

La levée inconditionnelle du blocus est une exigence démocratique

La crise dans la  société israélienne  et dans ses soutiens traditionnels, l’affirmation de l’unité du peuple palestinien sont les éléments majeurs de la situation présente. Des militants, des groupes, voir des populations entières affirmant leur droit de vivre, leur refus de la barbarie cherchent des solutions. Pour les uns et les autres, peut il y avoir une réponse aux aspirations démocratiques en dehors de l’établissement des droits égaux sur tout le territoire de la Palestine historique ? Nourrir la réflexion et le débat entre militants ouvriers et démocratiques sur l’issue à donner à cette situation, tel est l’objectif de la revue Dialogue.


Sommaire :

Page 7
Témoignage d’un militant de l’intérieur au début de l’offensive israélienne
Page 8
Appel du syndicat des travailleurs arabes (dont le siège est à Nazareth)
Page 11
Interview de Salah Salah
Page 15
Interview de Haïm Bresheeth Initiateur de la  lettre ouverte aux universitaires israéliens 
Page 14
Plus de 350 survivants et descendants de survivants et victimes du génocide nazi condamnent l’assaut israélien contre Gaza.
Page 16
Mais, est-ce bon pour les Juifs ?
Par Lawrence Davidson
Page 19
Handala va bientôt pouvoir se retourner !
Par Jacques Werstein
Page 21
— DOCUMENT — La révolution palestinienne et les Juifs Article publié dans le journal du Fatah, Fateh, Beyrouth, mai 1970
Page 27
— DOCUMENT — La Charte de l’OLP de 1964 Adoptée
par le Conseil National Palestinien Jérusalem, 2 juin 1964
Page 30
— DOCUMENT — La Charte de l’OLP de 1968 Adoptée
par le Conseil National Palestinien Le Caire, 17 juillet 1968

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